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COMMUNIQUES DE PRESSE

Le 31 décembre 1999

 UN AMENAGEMENT RAISONNABLE

 

Pour accéder à l’équilibre indispensable à son bonheur, l’être humain a besoin de saupoudrer sa vie de moments de respiration, de calme, d’inaction.Nous ne savons plus le faire. Nous sommes donc malheureux.

C’est une loi éternelle et universelle qu’un scientifique français, Patrick BLANC du CNRS, vient de découvrir (ou de redécouvrir).La nature, tout le monde le sait, est d’une prodigieuse diversité. Comme pour le Baobab ou le Cactus, elle sait vivre au ralenti et attendre des semaines ou des mois, la goutte d’eau salutaire, l’indispensable source de vie. C’est paradoxalement, dans les sous-bois équatoriaux où est presque totalement absente l’autre source indispensable de vie (la lumière) que la nature produit les végétaux les plus admirables et les plus variés comme les fameuses orchidées et la très grande majorité de nos plantes d’appartement.

Autre paradoxe, à côté de cette gestion rigoureuse du temps, de l’espace, de l’eau et de la lumière, la nature est aussi un prodigieux exemple de ce que nous appelons le gaspillage.Combien de graines pourrissent sur le sol pour qu’un seul arbre soit produit ? Combien de temps faut-il pour reconstituer l’équilibre d’une forêt primaire après qu’en quelques heures, une tempête ou un incendie naturel ait tout détruit ?Qu’elles sont ridicules nos 4 ou 5 semaines de congé payé. Qu’elle est absurde notre précipitation. Qu’il est stupide notre souhait de vivre à cent à l’heure !On ne peut pas s’offrir la perfection, même avec tout l’argent gagné au cours d’une vie bien remplie. La solution serait donc de moins remplir sa vie de folies mais de plus de calme et de sérénité.

Les timides essais des stressés qui s’adonnent au ZEN et à la méditation seraient un progrès de l’être humain s’ils n’utilisaient pas si mal l’énergie ainsi regagnée.La solution est pourtant simple : s’arrêter volontairement de courir avant l’age de la retraite, prendre son temps avant d’y être obligé par le chômage, intégrer dans son travail les périodes de latence indispensables à une bonne productivité.Nos responsables et chefs d’entreprise réunionnais ont fait récemment une grave confusion en confondant, dans un message adressé à notre Premier Ministre : " développement durable de la vie sur l’île " avec "  développement durable de l’économie ".

Ils oublient ou veulent oublier que l’activité économique n’a aucun intérêt en elle-même si elle se développe dans un cadre défavorable à l’épanouissement des êtres humains. Or chacun connaît les menaces du développement économique : bétonnage excessif du territoire, pollution, destruction de l’environnement. Il ne faut pas dépasser certaines limites. Tout le monde est sans doute d’accord sur ce point mais personne ne veux fixer ces fameuses limites.Après le Dodo, vous savez, Messieurs, qu’il y a des choses que vous ne pourrez jamais reconstruire si vous les détruisez aujourd’hui.La logique aveugle du développement économique conduit aux excès dénoncés lors de la récente conférence de l’OMC à Seattle. Vous ne pouvez plus l’ignorer.Soyez donc un peu responsable. Fixez dès aujourd’hui les limites d’un aménagement raisonnable du territoire.Vous serez peut-être les premiers à le faire dans le Monde mais je suis sûr qu’ici, la population réunionnaise, plus attachée qu’ailleurs aux grands équilibres de la vie, vous approuvera et vous soutiendra.

 

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